Loi Bachelot, Internes des Hopitaux de Paris, Association des Salles de Garde
| ... Cher Tous, ... Pardonnez moi de polluer vos boites mail, mais s'il est rare que je prenne la plume de manière publique, les récents projets de loi et réactions de nos syndicats m'y contraignent plus que jamais. ... Pour commencer, posons nous les bonnes questions: 1. QUEL EST LE PROBLEME? ... Le problème, c'est que nos députés viennent de voter des amendements interdisant aux médecins secteur 2 de fixer leur tarif eux mêmes "avec tact et mesure" comme autrefois, en leur imposant des plafonds déterminés par les pouvoirs publiques et les directeurs d'établissement (cliniques); restriction assortie d'un pourcentage imposé d'activité dévolue au secteur 1. ... Et de manière totalement incompréhensible, alors qu'on s'est tous mis en grève il y a moins d'un an pour sauver la liberté d'installation, en montant sur nos grands chevaux, tous unis contre Mme Bachelot, et qu'on a obtenu gain de cause; ces amendements odieusement plus répressifs viennent de passer comme une lettre à la poste, sans qu'on bouge une oreille, sans même qu'on soit au courant. 2. COMMENT A-T-ON PU EN ARRIVER LA? ... Difficile alchimie, incroyable concours de circonstances ou surtout négligence de notre part, il a fallu associer de nombreux paramètres pour atteindre une situation aussi dramatique: a. L'image du médecin dans la société a changé. ... Si nous étions autrefois remercié pour nos efforts même en cas d'échec, nous sommes maintenant trainés en justice même en cas de traitement optimal. L'obligation de moyen s'est vite confondu dans l'inconscient collectif avec une obligation de résultats. ... Le respect teinté d'admiration s'est changé en méfiance teintée de jalousie envieuse. Par humilité, de peur de paraitre arrogant ou d'être taxé de ségrégation sociale, nous avons marché dans ce petit jeu, parce qu'après tout qu'est ce qu'on a de plus qu'un cadre ou un banquier, nous ne sommes que des hommes comme les autres. Exit la dimension sacrée du médecin. ... Oui mais le problème c'est que la dimension sacrée de la Médecine, elle, n'a pas disparue. Elle est là, palpable, indiscutable. ... C'est à cause d'elle qu'on n'est pas capable de faire une grève avec arrêt total des soins. ... Qui accepterait qu'un patient meure parce que les médecins sont en colère? ... Elle est là notre faiblesse. Justifiée, inévitable, mais faiblesse quand même. Nous sommes tenus par les pouvoirs publiques comme par le peuple en raison de ce sens de l'éthique et de la responsabilité inhérent au caractère sacré de notre terrain de travail, la vie humaine. Troupeau de dociles bovins que nous sommes, inféodés sans la moindre résistance à notre obligation de porter secours et assistance à la veuve et l'orphelin (qui en pratique courante se résume souvent à un pauvre type qui se pointe en pleine forme aux urgences un dimanche soir à 23h pour faire prolonger son AT). ... Qui à part les médecins sont capable d'accepter la suppression pure et simple d'acquis, sans grève massive ni manifestation, sans médiatisation de leur cause, sans une once de protestation? Personne. ... N'oublions pas que les pouvoirs publiques n'ont que faire de ces subtilités éthiques qui ne sont qu'un outil leur permettant de nous manipuler à loisir. b. Personne ne s'intéresse à ce qui se passe au parlement. ... Combien d'entre nous savent seulement comment fonctionne le parlement, et même très grossièrement comment est voté une loi? ... Certainement pas la moitié. Et en tout cas pas moi. ... C'est l'un des écueils de la voie qu'on a choisie: elle isole bien souvent du reste. Et quand on fait l'effort de s'intéresser à autre chose, on préfère à juste titre la musique, le sport ou le cinéma, au droit constitutionnel. ... Je ne dis pas que nous devons tous devenir des juristes en herbe. Je pense que c'est impossible, et pour tout dire rébarbatif à mourir. ... Il est donc indispensable que notre corps de métier soit doté d'éléments spécialisés dans ces questions. ... N'est ce pas là, entre autres, le rôle des syndicats? c. Nos syndicats sont inutiles et nuisibles. ... Je n'ai rien à reprocher à titre individuel à nos représentants, dont je connais la plupart et qui sont plutôt sympathiques. ... Je cotise moi même tous les ans à l'un d'entre eux, espérant ainsi renforcer le pouvoir exécutif de la structure sensée défendre nos intérêts. ... Mais n'oublions pas qu'un syndicat c'est avant tout de la politique. Luttes de pouvoirs, conflits interindividuels, opportunisme et intérêts personnels en sont les fondements, quoi qu'on en dise. ... Nos syndicats n'ont pas d'autre intérêt que de défendre ceux de leurs dirigeants. ... Et le plus souvent en jetant la responsabilité sur leurs voisins. ... La preuve par l'exemple dans ce récent mail pitoyable du SIHP, survenu comme une fleur en réponse à l'angoisse justifiée des CCA de Saint Louis s'étonnant publiquement du silence accompagnant le drame législatif. ... Ce qu'on attendait du SIHP, c'était un quelque chose comme "Désolé on ne s'est pas remué, mais il n'est pas trop tard, voila ce qu'on va faire pour sortir de là". ... Au lieu de ça, on a eu "Oui c'est le drame, mais c'est pas de ma faute, et puis courage il reste 2 actes peut être qu'un miracle va se produire". ... C'est aussi à eux que revient la responsabilité de ne pas savoir lire, traduire en langage courant, et expliquer à tout le monde les lois qui nous concernent. 3. QUE FAIRE? ... C'est finalement la seule question qui compte. a. Se prendre en main. ... Arrêtons de répéter sans cesse "c'est le drame", c'est à nous que revient le devoir de résoudre le problème, puisque nos syndicats en sont incapables. b. Communiquer. ... Notre communication a toujours été déplorable. Il y a 2 types de médecins dans l'esprit populaire: Les nantis capitalistes fumant le cigare dans leur Maserati payée par leurs juteux dépassements d'honoraires, et les humanistes altermondialistes qui viennent bosser en vélo et vivent avec le SMIC en se nourrissant de la misère humaine qu'ils tentent inlassablement d'éradiquer. ... Fort heureusement, l'extrême majorité d'entre nous ne sont ni l'un ni l'autre. Et il est temps de faire comprendre aux gens que, comme tout le monde, on a des charges, des crédits, des gamins à nourrir, et que, comme tout le monde, on a envie et besoin de gagner notre vie lorsqu'on travaille, même si notre job touche à la santé, et d'ailleurs surtout parce que notre job touche à la santé. ... Si nous, médecins, n'avons pas de légitimité à gagner confortablement notre vie, qui donc peut en avoir? ... Ce concept est étrangement franco-français: tous les autres pays du monde, en occident comme en orient, acceptent naturellement que les médecins soient l'un des corps de métier les mieux rémunérés. ... Nous devons faire entendre publiquement nos arguments, et tous les moyens sont bons pour cela. Cela va du dialogue avec les patients jusqu'aux plateaux de télévision. c. Utiliser des arguments simples. - Le secteur 2 coute de l'argent au mutuelles, pas aux patients. - La limitation du secteur 2 ne résoudra pas les problèmes de démographie médicale - La limitation du secteur 2 n'améliorera ni l'offre ni l'accès aux soins - Moins on est payé par acte, plus on doit faire d'acte pour vivre, et moins on a de temps à consacrer au patient - etc. d. S'unir pour mieux se défendre. ... Il n'y a pas de pire obstacle à nos intérêts communs que les divisions interspécialités, intersyndicats, interrégions, etc. ... Nous devons comprendre que nous sommes tous menacés de la même manière, et qu'il convient donc de faire bloc ensemble contre ces lois. ... Je serais ravi de voir s'élever d'une seule voix toute la communauté médicale, envers et contre l'inactivité de nos représentants. ... A défaut, j'élèverai la mienne, du mieux que je peux, pour faire valoir nos droits et protéger nos acquis. Votre dévoué, Franck Atlan, IHP. |